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3 février 2013 7 03 /02 /février /2013 18:27

Il est arrivé ce matin à Forbach, avec sa moustache, ses trois énormes valises, son bric-à-brac, ses plumes, et ses « nours »... Des peluches abandonnées qu'il console, qu'il bichonne, qu'il soigne, et qu'il emmène avec lui sur les routes.

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Après toute une vie consacrée au travail, Monsieur Louis découvre dans le grenier de sa maman récemment disparue, la peluche de ses nuits d’enfance : Isidore. Ce « nours », comme il dit, a été de nombreuses années le doux confident de ses émotions les plus secrètes. Un jour, la vie les a séparés. Monsieur Louis a été à l’école, s’est marié, a travaillé très longtemps, trop longtemps. Isidore, de son côté, a vécu un abandon quasiment naturel qui l’a conduit du coffre à jouets au tiroir d’une vieille armoire au fond du grenier. Il y est resté enfermé pendant quarante ans, tout seul dans le noir… jusqu’à ce fameux matin où Monsieur Louis, occupé à débarrasser la maison familiale devenue vide, a retrouvé l’ami d’enfance. Alors il vend la maison, arrête de travailler et fait ses valises. Le voilà parti à la recherche des « nours » abandonnés. Il recoud les pattes abîmées, leur rend la vue, et efface les cicatrices de la vie. Les peluches adoptées retrouvent douceur, odeurs et couleurs.

 

(extrait du site http://chercheursdartsenkor.fr/crbst_6.html ) 

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Quarante minutes hors du temps... Pour évoquer avec un drôle de monsieur grincheux - « un ours au cœur tendre », se plaît à dire le comédien quand il présente son personnage - l'importance des souvenirs, le pouvoir guérisseur de la mémoire, et la magie de l'enfance.

Le décor se compose de trois énormes et mystérieuses valises et d’une boîte toute poilue, une boîte d’ours bien sûr - rien de tel pour aiguiser la curiosité de nos chères têtes blondes ! -.

 

Une valise pour le toucher… Plumes légères, rubans que lui a laissés sa maman…

 

Une valise pour la vue… Monsieur Louis a précieusement gardé la boîte d’aquarelles de son papa. Grâce à elle, il redonne des couleurs aux « nours » qui ne vont pas bien…

 

Et puis une valise pour l’odorat… Son grand-père était boulanger, et Monsieur Louis se souvient avec émotion de l’odeur des gâteaux tout juste sortis du four. Mmh que c’était bon…

 

L’enfance est le monde des sensations. Le tactile, le goût, les couleurs, les sons... sont autant de déclencheurs d’images pour les petits devenus grands, une sorte de madeleine de Proust. Le comédien en profite pour aller plus avant dans la recherche du passé. Il titille les morceaux de souvenirs des grandes personnes et fait ressurgir des émotions trop longtemps contenues. « Des adultes viennent souvent me voir après le spectacle, les larmes aux yeux. Ils me disent l’émotion qu’ils ont ressentie. Et promettent de retrouver le doudou de leur enfance, parce qu’ils ont compris la force et la symbolique de ce vieil objet en peluche ».

 

« Quand on prend de l’âge, que reste-t-il de l’enfance ? »  C’est la question qui taraude Raymond Fiabane, celle qui guide son travail d’auteur-comédien.    
Plume d’Ours est bien sûr un merveilleux spectacle pour les petits, dont la mémoire est devant eux, encore à construire... C’est aussi un voyage pour les grands, ceux qui ont besoin de retrouver l'enfant qui est resté en eux. Ceux qui ont relégué dans un coin sombre de leur mémoire leurs plus lointains souvenirs d'enfance... Comme Monsieur Louis, qui a laissé son "nours" seul dans un grenier, et qu'il a retrouvé un jour, lui jurant de ne plus jamais l'abandonner. Et ne plus jamais tourner le dos au petit garçon qui sommeille en lui.

 

Raymond Fiabane, enseignant originaire de Lorraine, devenu comédien professionnel il y a trente-trois ans, a écrit Plume d’Ours en 2010. Bien au chaud dans sa yourte au cœur de la Charente, sa terre d’adoption, il a donné vie à Monsieur Louis et à ses « nours ». Il a peaufiné le texte, avant de le soumettre au comédien et metteur en scène Thierry Barbet. Ensemble, ils ont monté le spectacle, qui depuis a été joué 200 fois.

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J’ai accueilli le comédien il y a quelques années pour la médiathèque : en 2007 pour « Le Véto Libraire », en 2010 pour « G. Poucet ». Après le spectacle, il m’a lu un extrait de « Plume d’Ours », en cours d’écriture. J’ai été profondément touchée par ce texte, qui débordait de poésie et de tendresse, et me suis promis qu’il reviendrait le jouer à Forbach !

 

Promesse tenue, Monsieur Fiabane, et chapeau bas, Monsieur Louis ! Doté d’une grande valeur humaine et d’une belle délicatesse, dissimulée sous des airs bourrus, Raymond Fiabane continue de me bluffer par son sens du spectacle, sa façon de jouer sans jouer… Il dit lui-même qu’ « un bon comédien joue en ne faisant pas semblant. »

 

 

 

Crédit photo : Dominique Trillaud

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Published by Alice Chandoiseau - dans Côté cour - côté jardin
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