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17 février 2014 1 17 /02 /février /2014 16:17

Kitty Crowther est sans conteste l'une des auteurs pour la jeunesse qui me parle le plus. Son trait de crayon, doux et juste, reflet de l'âme humaine, emmène le lecteur dans les circonvolutions de ses pensées et de son monde. Car Kitty Crowther, c'est tout un monde justement, et des personnages qui, une fois rencontrés, élisent domicile dans un coin de votre tête et vous accompagnent. Elsewise et Petite Mort, Emilienne, Poka et Mine, et puis Annie...    

 

Annie est malheureuse. Sa mine est aussi sombre que sa robe qui la couvre jusqu’aux pieds. Elle ne trouve distraction qu’en contemplant du haut de sa colline le lac aux trois îles, où elle pêche pour se nourrir. Une nuit, lasse de se battre contre sa solitude, Annie décide d’en finir. Elle se laisse glisser vers le fond du lac… et y découvre une raison de vivre. Les mystérieuses îles cachent en fait trois géants aquatiques. Forte de ce secret, Annie va réapprendre à sourire et à espérer. Ses amis vont lui demander son aide pour déjouer la malédiction pesant sur eux : ils ont peu de temps pour rejoindre des géantes et s’unir à elle. Leur quête se terminera bien, puisque même Annie trouvera la clé du bonheur.

Annie-du-lac.-K.Crowther.jpg

 

Un récit juste et délicat, écrit comme un conte. Le lecteur est mis dès le début face à la profonde tristesse d’Annie, qui envahit toute la page à l’image des paysages nordiques. Mariant habilement la technique de l’aquarelle, de l’encre noire, du feutre et de ses habituels crayons, Kitty Crowther a travaillé les contrastes. Elle pose ainsi l’essentiel de son histoire : les premières pages, colonisées par le noir, traduisent la solitude d’Annie. L’illustration montrant Annie glissant vers le fond du lac est investie par une reposante couleur or, qu’on retrouvera sur le corps des trois géants. Le récit respire alors, et la fin sonne comme un "Et ils vécurent heureux".

Kitty Crowther réussit une fois encore à emmener le lecteur dans son univers, à mi-chemin entre onirisme et réalisme. Fidèle à ses multiples sources d’inspiration, telles que les contes et légendes anglo-saxonnes, elle nous livre ici un album lumineux.

A partir de 8 ans. Une lecture plus enrichissante si accompagnée.     

 

D’autres personnages féminins de Kitty Crowther pourraient être des sœurs d’Annie : Leslie, dans L’Enfant racine, et Lila, la petite fille de Moi et Rien.

Annie du lac (Ecole des Loisirs / Pastel, 2009) a été récompensé par le Prix Baobab 2009, remis lors du Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil.

 

Pour fouiller un peu l'univers crowthérien:

la fiche du site Ricochet link

 

l'émission en trois volets "Les Passagers de la nuit" (diffusée fin 2010) consacrée à Kitty Crowther  link  

(Trois fois 30' de pur bonheur... les entretiens ont été enregistrés dans l'atelier de Kitty Crowther, qui se confie au micro de la journaliste avec simplicité et humour - son rire particulier est communicatif! -) 

 

Sophie van der Linden parle de Lutin veille, traduction d'un texte d'Astrid Lindgren et dernier album illustré par Kitty Crowther link

 

et pour le bonheur de partager, Le Banc, de Kitty Crowther et Bruno Salamone (musique de Sissi Lewis), un court-métrage de 4'40'' que je trouve sublime :

 


 

 

 

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17 août 2012 5 17 /08 /août /2012 10:30

Stéphane Servant s’est attaqué à un thème pas facile à aborder et peu représenté dans la littérature jeunesse : la mauvaise humeur, le cafard, le coup de blues. Une dimanche soir, le Crafougna s’installe sans bruit dans la maison d’un petit garçon. Il sème un peu partout ses graines de mauvaise humeur et ses chaussettes sales et contamine alors le père, la mère puis la sœur, qui se transforment tour à tour en monstre gris, grincheux et velu. Mardi, mercredi, jeudi… Le petit garçon essaie de chasser cet hôte indésirable par tous les moyens... et c’est par le rire qu’il réussira !


Les illustrations d’Anne Montel sont rigolotes, mais manquent un peu d’expression et de profondeur. La bonne idée est d’avoir transformé en Crafougna les parents et la grande sœur, gagnés tour à tour par les idées noires. Le texte de Stéphane Servant est à la portée des jeunes enfants : le récit à la première personne permet l’identification, l’égrenage des jours de la semaine et la description du quotidien jalonnent le texte de repères narratifs. La déclinaison du mot « Crafougna » est une trouvaille à saluer ! Le père « crafougne » dans son lit, la mère « crafougne » en pantoufle, la sœur grogne au téléphone « et crafougni et crafougna… », tant et si bien que la maison en est « toute crafougnée ».

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Si cet album était paru du temps de mon enfance -…soupir !...-, mes parents auraient eu une arme infaillible pour lutter contre ma fâcheuse tendance à râler. Ce n’est pas un secret, j’ai été, je suis, et je serai toujours une râleuse invétérée, ce qui a inspiré à mon entourage divers surnoms imagés, comme la « Geis » -« chèvre » en allemand- ou Miss Bougon!
Je dédie -avec une pensée émue- ce billet à ma famille, mes amis, et tous ceux qui supportent ma mauvaise humeur chronique. Je me soigne, soyez-en assurés… mais j’en garde un peu quand même, parce qu’il faut savoir assumer son plus gros défaut, et parce que c’est ma spécialité ! Et crafougni, et crafougna ... ☺

9782278070374 4 75
Le Crafougna, Stéphane Servant et Anne Montel, Didier Jeunesse, 2012.
ISBN 978-2-278-07037-4
A partir de 4 ans.

Le blog de Stéphane Servant :
http://stephaneservant.over-blog.com/
Le site d’Anne Montel :
http://www.ahurie.net/

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27 avril 2012 5 27 /04 /avril /2012 12:37

C’est l’histoire toute simple d’un petit garçon qui s’ennuie, seul à sa fenêtre.

Junko Shibuya va l’écrire et la faire s’envoler, cette histoire, avec des illustrations en noir et blanc sans texte et quelques touches de couleur bien placées.

Le format de cet album a été choisi pour accueillir le cadre d’une fenêtre ouverte, ou plutôt de deux fenêtres voisines, dont l’une va s’ouvrir au bout de quelques pages : une famille s’installe dans l’appartement voisin. Puis c’est un jeu de chassé-croisé qui commence : le petit garçon sort de sa rêverie et se décide à travailler son violon. Une fillette se penche alors à la fenêtre voisine pour écouter les premières notes, pendant qu’un petit papillon investit très discrètement le coin de la double page …

C’est là aussi que la magie de la couleur entre en scène. Le noir et blanc illustre le quotidien, l’immuabilité des choses, tandis que la couleur apporte du nouveau, du sourire, de la légèreté. L’auteure a utilisé ce contraste pour faire évoluer son histoire.

A l’aide d’une bulle de couleur crayonnée, tantôt verte, tantôt jaune, en fonction de la mélodie du violon, tantôt calme, tantôt enjouée, elle enveloppe la fenêtre et le petit garçon. La fillette se met alors assise à un piano, et la rencontre se fait, magique, évidente, accompagnée par la musique des deux instruments! Je vous laisse le plaisir de découvrir la fin…

 Voilà. Des images dépouillées de texte et le langage des couleurs pour raconter la douceur d’une rencontre grâce à l’universalité de la musique.

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Ce livre est un vrai coup de cœur, d’autant plus que Junko Shibuya est aussi graphiste… et qu’en général j’ai du mal à rentrer dans un album conçu par un(e) graphiste !... Qu’il manque souvent ce côté sensoriel et ce petit plus inexplicable qui fait qu’un album pour enfant est unique. Tout dans cet album est un hymne aux sens : les ombrages, le rôle de la couleur, les émotions des deux enfants, le graphisme et même le toucher gaufré du papier.

Seulement le troisième album de cette artiste prometteuse, et déjà une belle réussite !

 

Les voisins musiciens, Junko Shibuya, Autrement, 2011

A partir de 5 ans

 

A lire aussi

A quoi ça rime ? L’aventure d’un nain malin, Autrement, 2010

A quoi ça rime ? La nuit d’un nain malin, Autrement, 2012

A partir de 3 ans

 

Le site officiel de Junko Shibuya

http://www.junkoshibuya.com/home/fr_accueil.html

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10 février 2012 5 10 /02 /février /2012 16:34

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« Il était une fois deux amis… »

Un incipit hyper banal, mais qui peut cacher mille et une histoires. Celle-là ne l’est pas, banale ! L’auteur a réussi par un graphisme étudié et des mots soigneusement choisis à faire passer un je-ne-sais-quoi qui nous fait esquisser un tendre sourire au moment où on referme l’album.

Un petit garçon et un pingouin sont inséparables, jusqu’au jour où le pingouin décide d’utiliser ses deux ailes pour voler –comme de nombreux pingouins avant lui-. Son ami l’assiste dans ses tentatives, jusqu’à ce que le pingouin trouve la solution…

 

Une histoire simple et vrai, comme devraient l’être les relations humaines. Oliver Jeffers pousse le lecteur à réfléchir sur l’importance des rêves. Le texte ne dit pas tout : l’image le complète et rajoute des détails qui finalement n’en sont plus !

Il y a une réelle maîtrise de l’espace de la double-page, utilisé soit pour un grand tableau, soit pour rythmer le récit. La quasi-absence d’arrière-plan permet à l’œil de s’attarder sur les personnages.

La maîtrise des différentes échelles, des postures corporelles et des ombres très travaillées permet à Oliver Jeffers d’épurer son trait et d’apporter une fausse naïveté, qui est d’ailleurs devenue sa marque de fabrique. Toute l’émotion du dessin réside dans l’expression des personnages, dont les visages se résument à deux petits yeux et un nez  à peine esquissé ! Du grand art, vous dis-je !

Oliver Jeffers sait capturer les petits moments pour en faire de la poésie et un livre… aérien.

A partir de 5 ans.

 

D’autres titres du même auteur :
Le cœur et la bouteille, Kaléidoscope, 2010.
Le filou de la forêt, Kaléidoscope, 2009.
L’extraordinaire garçon qui dévorait les livres, Kaléidoscope, 2007.
Et le magnifique Comment attraper une étoile (Kaléidoscope, 2005), à nouveau dispo à la vente dans un coffret-3 volumes (Perdu ? Retrouvé !, On rentre à la maison, et Comment attraper une étoile).
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17 janvier 2012 2 17 /01 /janvier /2012 17:17

Edwin est un jeune moineau, qui a très peur de quitter sa maison. Il préfère la douceur de son chez-lui au monde du dehors, qui l’intimide. Mais Edwin rêve… Il rêve de voyager !

C’est sa grand-mère qui va le « pousser du nid », en lui confiant un panier à rapporter à la boulangère du Grand Frêne. Le premier envol ne se fait pas sans appréhension… Mais Edwin apprendra, en volant toujours un peu plus loin, de chêne en saule, de ruisseau en rivière, à maîtriser sa peur de l’inconnu et à avoir confiance en lui. Il ira jusqu’au « bout de la Terre, là où les arbres ne poussent plus ».

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La technique de l’aquarelle, choisie par Aude Picault, est particulièrement adaptée pour retranscrire les ressentis d’Edwin, le calme de sa maison et l’ivresse du voyage. Les cadres floutés et les doux camaïeux de couleurs renforcent cette impression d’enveloppement : on entre dans l’album comme dans un nid !

Les grandes vignettes sans texte laissent la place au vol d’Edwin et à l’immensité du monde.

L’auteure a utilisé le langage du dessin pour compléter son récit : en observant l’intérieur de la maison de la grand-mère d’Edwin, on remarque une petite bibliothèque, quelques coquillages sur une étagère, et deux cadres dont l’un représente « La Grande Vague » d’Hokusai et l’autre le Mont Fuji, autant de symboles et de clins d’œil au voyage. Edwin rapportera d’ailleurs un coquillage, souvenir de son premier envol…

 

L’enfant pourra apprendre à nommer les saisons, les noms des oiseaux et des arbres.

Le classicisme du graphisme et de certaines représentations du quotidien –la grand-mère à binocle, les confitures en été et la soupe de potiron en automne- qu’on regretterait par ailleurs, a ici toute sa place : il permettra à l’enfant d’aborder les notions de liberté et de confiance en soi, en toute simplicité.

 

Trop loin! d'Aude Picault, Kaléidoscope, 2011.

A partir de 3 ans.

 

Le site d’Aude Picault (vos y trouverez ses autres titres, BD et albums pour la jeunesse): link   

et je ne résiste pas à l’envie de vous donner le lien de son animation « Fanfare » -c’est génial, éclatez-vous !- : link


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10 octobre 2011 1 10 /10 /octobre /2011 17:24

Une fois n'est pas coutume: un album pour enfant qui arbore un titre « pas correct »! Et qu'est-ce-qu'on aime ça.

 

Cet album en réédition chez Giboulées (Gallimard Jeunesse) est un petit souffle d'air frais. Sous ses airs d'imagier classique, il nous emmène dans les méandres délicieusement tordus de M. Pittau (que je salue au passage) et dans le graphisme faussement simpliste de Bernadette Gervais. Ou est-ce le contraire? Ce duo d'auteurs pour la jeunesse fonctionne en tout cas à merveille.

 

La structure de l'album repose sur le refrain « C'est dingue! », qui ponctue chaque double-page.

A gauche, on propose à l'enfant une combinaison animal/objet, et à droite le résultat.

Ainsi, l'hippopotame et deux cornets de glace font un rhinocéros...

un cheval et un code-barre font un zèbre...

 

L'album sollicite bien sûr l'univers quotidien de l'enfant, sa connaissance du monde animal, son sens de l'observation et surtout son imagination!

Il y a de la poésie: « un chat + un nuage, ça fait un lion... c'est dingue! »,

de l'humour: « une mouche + une seringue, ça fait un moustique... c'est dingue! »,

et la chute est aussi inattendue qu'évidente. Le monde peut être rêvé de toutes les manières possibles, mais le miracle de la vie, lui, est une réalité inébranlable... est complètement dingue!

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Le format carré colle tout à fait à la structure texte/image, et à la rengaine qui rythme tout l’album.

Le toucher velouté du papier fait ressortir les nuances de couleur des illustrations et l'impression de relief qui s'en dégage.

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À partir de 4 ans.
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